Photo, photo, photo, clic-clac, ça crépite dans tous les sens. Quinze, vingt objectifs, nous scrutent de leurs regards noirs. Ça crie, ça rit, on nous interpelle, à droite, à gauche, là devant, on compte un, deux,trois, photo, photo, à gauche, à droite, avec lui, avec elle, en selfie. Sourire, sourire.

Nous sommes des stars.

Genèse.

Les rencontres, c’est ce que nous aimons dans les voyages. J’abhorre que l’on me dise quand, quoi, où et comment je dois faire les choses, ou même ce que je dois photographier.

Nous aimons bien aller et venir suivant les évènements, nous perdre dans des endroits ignorés de beaucoup, être juste être là, présent, ouvert.

Nous avons remarqués lorsque nous forçons les choses ça ne nous mène généralement à rien de bon.

Donc voilà comment ça se passe, autour d’une table,

Charlin : -«Ça vous plairait d’inaugurer un parc régional, invité par le gouverneur de la province.»

Fabienne : -«Ben!! Oui.» 😯  🙄  🙂  😛

Long cheveux poivre et sel, l’œil vif derrière ses lunettes à fine monture métallique, Charlin a un petit air amusé, qui nous fait douté, mais quelques coups de fil plus tard, c’est organisé.

Réveil 5 h, petit déjeuner, départ 6 h… Nous voilà dans le pickup…

Le trajet chaotique d’environ une heure entre bitume et piste n’entame pas notre bonne humeur.

Nous sommes un peu comme des enfants le matin de Noël.

Quelques soubresauts plus tard,nous voilà à l’entrée du parc.

Nous changeons pour un véhicule plus spécifique mieux adapté.

Quelle organisation!

Dans la fraîcheur matinale de la jungle, nous nous asseyons sur nos confortables sièges.

Les chaumes de bambou gigantesques partent à l’assaut du ciel, on dirait des arbres. Des fougères arborescentes, des bananiers, des feuilles de Taro en forme de cœur abritent sous leurs larges feuilles une faune que l’on devine disparate. Mais nous n’entendrons que sa présence. Enfin, quand le moteur s’arrêtera !

-«On entend bien le moteur, hein !! Non, je dis… on se rend bien compte qu’on est pas en panne.», dirait Coluche.

Comment vous décrire notre carrosse, imaginez, une remorque en bois de teck, sans suspension, tractée par un gros motoculteur pétaradant, on appelle ça E-tok.

Ah ! oui, les sièges confortables, en standard Karen, ce sont des sacs de riz remplis de paille.

Étonnamment, ça amortit bien les secousses de l’attelage.

Motoculteur de transport en commun

Notre limousine locale

 

Le premier arrêt de notre visite se fait sur un point culminant, une plateforme surplombant le vide, nous offre un beau spectacle.

Le soleil levant éclaire, à travers les nuages, les montagnes recouvertes d’une luxuriante végétation. Un magnifique patchwork de vert filtré par la légère brume, ce genre de brume que seuls les lève-tôt rencontrent. (Mais les couche-tard ont aussi leurs brumes.)

Nos mains sont posées sur le garde-corps de bambou, étonnant la douceur de ce contact doux et froid. Les yeux pleins de ce panorama. Les oreilles emplies de bruits de jungle, nous les trouvons étranges. L’odorat rafraîchit par l’air du petit matin, goulument par grandes bouffées, nous renouvelons notre taux d’oxygène. Un autre petit problème des E-tok les gaz d’échappement.

Nous sommes seuls au monde.

Vue de la vallée

Vallée du village Karen

 

Nous sommes seuls au monde, oui, mais pas pour longtemps !
Arrivée d’un cortège de 4×4 noir, descendent des costumes noirs avec de grands sourires, il nous demande de prendre place sur la plateforme et là…

Photo, photo, photo, clic-clac,

Ça crépite dans tous les sens.

Quinze, vingt objectifs nous scrutent de leurs regards sombres.

Ça crie, ça rit, on nous interpelle,

à droite, à gauche, là devant,

on compte ๑๒๓ (un, deux,trois),

photo, photo, à gauche, à droite

avec lui puis avec elle,

en selfie,

Sourire, sourire.

Nous sommes de vrais stars.

Le cortège repart sur la piste très, très, très pentue… quelques kilomètres plus loin,

tous les habitants du village nous attendent en costume traditionnel aux couleurs splendides, délicatement brodées, très élégantes

À peine le temps de savourer le spectacle, on nous place entre les villageois et…

Photo, photo, photo, clic-clac,

Ça crépite dans tous les sens.

Quinze, vingt objectifs nous scrutent de leurs regards sombres.

Ça crie, ça rit, on nous interpelle,

à droite, à gauche, là devant,

on compte ๑๒๓ (un, deux,trois),

photo, photo, à gauche, à droite

avec lui puis avec elle,

en selfie,

Sourire, sourire.

Nous sommes encore des stars.

Le monde attirant le monde, les premières files de 4X4 arrivent

  • Le cortège des militaires.

Photo, photo, photo, clic-clac,

Ça crépite dans tous les sens.

Quinze, vingt objectifs nous scrutent de leurs regards sombres.

Ça crie, ça rit, on nous interpelle,

à droite, à gauche, là devant,

on compte ๑๒๓ (un, deux,trois),

photo, photo, à gauche, à droite

avec lui puis avec elle,

en selfie,

Sourire, sourire.

Nous sommes toujours des stars.

  • Le cortège de la marine.

Photo, photo, photo, clic-clac,

Ça crépite dans tous les sens.

Quinze, vingt objectifs nous scrutent de leurs regards sombres.

Ça crie, ça rit, on nous interpelle,

à droite, à gauche, là devant,

on compte ๑๒๓ (un, deux,trois),

photo, photo, à gauche, à droite

avec lui puis avec elle,

en selfie,

Sourire, sourire.

Nous continuons à être des stars.

  • Arrive la police

Photo, photo, photo, clic-clac,

Ça crépite dans tous les sens.

Quinze, vingt objectifs nous scrutent de leurs regards sombres.

Ça crie, ça rit, on nous interpelle,

à droite, à gauche, là devant,

on compte ๑๒๓ (un, deux,trois),

photo, photo, à gauche, à droite

avec lui puis avec elle,

en selfie,

Sourire, sourire.

Nous sommes des stars et on aime ça.

  • Enfin le gouverneur arrive, en nous voyant

Photo, photo, photo, clic-clac,

Ça crépite dans tous les sens.

Quinze, vingt objectifs nous scrutent de leurs regards sombres.

Ça crie, ça rit, on nous interpelle,

à droite, à gauche, là devant,

on compte ๑๒๓ (un, deux,trois),

photo, photo, à gauche, à droite

avec lui puis avec elle,

en selfie,

Sourire, sourire.

Nous sommes des stars stoïques.

Je vous passe les discours officiels avec les remerciements et autres congratulations, je pense que cela doit être identique dans tous les pays et je trouve ça C⚡️௹⚡️NT. Qui plus est nous avons droit à la version thaïe et anglaise, doublement C⚡️௹⚡️NT…

Un peu plus bas, le village nous ouvre ses portes. Un bâtiment rassemble la culture des Karens et plus particulièrement des Ba Ka Koyoi,

Des instruments de musique côtoient des outils, de la vannerie, des ustensiles de cuisine, etc… des trésors d’ingéniosité écologique, de recyclage, de bons sens.

Bêtement, j’ai cru que c’était un musée comme il y en a beaucoup. Des vieilleries qu’on utilisait autrefois… que certains regardent de haut, l’air condescendant et pensant « les pauvres ».

Mais non nous verrons plus tard dans la journée que tout ce qui est là est utile au quotidien.

Et lorsque nous sortons, surprise, petite séance de PHOTO.

Photo, photo, photo, clic-clac,

Ça crépite dans tous les sens.

Quinze, vingt objectifs nous scrutent de leurs regards sombres.

Ça crie, ça rit, on nous interpelle,

à droite, à gauche, là devant,

on compte ๑๒๓ (un, deux,trois),

photo, photo, à gauche, à droite

avec lui puis avec elle,

en selfie,

Sourire, sourire.

Nous sommes des stars endurantes

Nous rejoignons notre véhicule après la traversée de gué, de pont, de plantation de manioc, de bananeraies et autres cultures diverses, nous arrivons dans un autre petit hameau.

Nous nous apercevons que nous ne sommes pas dans un parc classique. Le genre d’aménagement plus ou moins artificiel, plus ou moins reconstitué, d’où la vie des Hommes serait exclue ou en représentation, nous sommes bien dans un lieu de vie, accueilli par des gens qui veulent nous faire partager leurs quotidiens authentiques.

Nous ne sommes pas au zoo, ils ne font pas de la figuration, ils sont Ba Ka Koyoi et fiers de l’être. Et j’ai pris des leçons.

Près de la cascade, le repas est cuisiné et servi dans des feuilles de bananier, le riz cuit à la vapeur dans un astucieux bambou qui servira de plat de service. Tout est pris sur place, tout se recycle, je respecte.

Paillote au bord de la cascade

Notre table

Il est temps de partir, merci pour tout ce que vous nous avez apporté, pour tous vos sourires, toute votre gentillesse et toute bienveillance, merci.
Ah j’oubliais avant de nous quitter si nous faisions une petite photo.

Photo, photo, photo, clic-clac, ça crépite dans tous les sens. Quinze, vingt objectifs nous scrutent de leurs regards sombres.

Ça crie, ça rit, on nous interpelle, à droite, à gauche là devant, on compte ๑๒๓ (un, deux,trois), photo, photo, à gauche, à droite, avec lui puis avec elle, en selfie, sourire, sourire.

Nous sommes des stars, et ce n’est pas toujours facile…