Les larmes de joie arment mon espoir
Parfum de poussière
Sous la pluie, la Thaïlande se pare d’un voile de mystère et de poésie. Les multiples prismes brouillent les couleurs, les formes et révèlent une certaine grâce. Tantôt drôle, émouvant, intime, un témoignage sur un pays, une culture qui ne vit pas seulement au soleil.
Quelquefois, une petite chose insignifiante vous propulse dans une autre dimension. Un son, une image ou une odeur crée les conditions pour ce voyage intérieur.
Lorsque les premières gouttes de pluie éclatent, ce parfum de poussière, si particulier, déclenche cette introspection. Cette odeur me renvoie à mes jeunes années, et me rappelle les orages d’été qui annonçaient la fin des vacances, mais aussi la fête du village. Je vois dans chaque perle d’argent un espoir renaitre, comme un printemps qui promettrait : « rien n’est jamais perdu ».
Je suis la pluie
Je suis la pluie, la danseuse céleste qui descend des cieux embrasés. Mes gouttes, comme des perles liquides, effleurent la terre brûlante de la Thaïlande. L’air vibre et s’électrise en semant le trouble chez les êtres sensibles. Les feuilles des palmiers accueillent mon étreinte bienfaisante, se courbent, assoiffées, reconnaissantes.
Mes premiers grains caressent les toits de tôle, murmures puis percussions pour finir, tonitruantes, en symphonies métalliques. J’irise les pavés des ruelles étroites, je les transforme en kaléidoscope où chaque lueur devient une source de rêve. Les passants, surpris par mon eau tiède, lèvent les yeux vers moi, leurs visages éclairés par un sourire timide. Leurs parapluies multicolores s’ouvrent comme des ailes d’oiseaux effrayés.
Je les vois courir sous les auvents des échoppes. Mais les plus téméraires me défient, ils soulèvent le menton, les bras accueillants, et reçoivent mes caresses avec gratitude. Je colle leurs vêtements à leur peau, je goutte le long de leurs cheveux noir de jais. Je danse avec eux, ivre de liberté.
Je glisse le long des feuilles de bananiers, créant des ruisseaux argentés. Les enfants, pieds nus, sautent dans mes flaques, devant leurs maisons de bois. Leurs rires, éclats de cristal, explosent en étoiles filantes dans la nuit grise. Ils me connaissent, ces enfants. Ils savent que je suis la promesse de la vie, la source qui nourrit la terre aride. Je suis l’essence de la vie, le souffle de la terre qui se réveille. Je suis la pluie tropicale en Thaïlande, et je danse pour vous, pour eux, pour tous ceux qui savent que la beauté se cache dans chaque goutte qui tombe du ciel, et un aussi pour toi, le photographe aux aguets.
Je photographie la pluie
La pluie caresse les rues et les visages, fascine les artistes et les photographes. Sur cette trame, je capture ses instants fugaces pour les rendre éternels. Sur cette toile, je fixe mes sensations et mes souvenirs dans un éventail d’émotions et de possibilités créatives.
Chaque photo raconte, je l’espère, son histoire de solitude ou de mélancolie, d’intime ou de symbole, de doux renouveau ou de drame, ces rencontres plus ou moins éphémères.
Face à la nature, j’apprends l’humilité dans l’humidité.
Ensuite, bien au sec, quelques semaines, mois ou années, ce que je ressens, se transforment en haïku1, sans prétention aucune.

Eau l’enfant fou rire
En transperçant l’orage
Éclaire la pluie
— o0o —

L’herbe solitaire
Dans la baie se rêve l’île
Calme et elle espère
— o0o —

Une corde à ton cou
Dans la grisaille de la pluie
J’espère ton retour
— o0o —

Sable fin s’accroche
Balai danse sur la terrasse
Vague efface trace
— o0o —

Parapluie frémit
Miroirs reflètent son sourire
Danse dans la pluie
— o0o —

Solitude humide
Un homme courbe sous l’averse
Rires sous parasol
— o0o —

Gris et vert délavé
Coureur solitaire sous l’averse
Bangkok pleure enfin
— o0o —

Sous le parasol fuchsia
Deux hommes un destin croisé
Abri partagé
— o0o —

Ces yeux espiègles
Et leurs rires me figent
Une image naît
— o0o —

Ondée chaude d’été
Sous le parapluie bruyant
Silence intérieur
— o0o —

Ciel de feu et d’or
Dans les nuages s’envolent
Sur l’île qui s’endort
— o0o —

Sur les rives du fleuve
Un homme face au Bouddha
Son âme s’expose nue
— o0o —
D’autres photos accompagnées de haïku sont à voir ici ou encore là.
Je terminerais par une jolie citation de Sénèque :
« La vie, ce n’est pas d’attendre que l’orage passe, c’est d’apprendre à danser sous la pluie. »
Et vous ?
Plutôt que de maudire cette eau venue du ciel
Qui mouille et contrarie nos envies de soleil
Profitons des couleurs que seul nous révèle
En nous désaltérant cette pluie providentielle




