L’arrivée
Les falaises se dressent tels des ยักษ์ (yak), gardiens de Phayao.
Leurs sculptures hors du commun dissimulent une histoire oubliée, un mystère qui attend d’être révélé. Plongez dans les énigmes de ce lieu sacré, où chaque pierre chuchote des récits de sagesse et de spiritualité enfouis dans les profondeurs de la montagne.

Pà et Rachaya

Pà, la tante, et Rachaya, la nièce, 1nous rejoignent à l’hôtel, unies par leurs sourires irrésistibles et leur affection profonde. La première, vêtue d’une veste aux couleurs vives, un chapeau de paille, témoin de ses aventures, repose sur sa tête, tandis qu’une besace en tissu pend à son épaule.
Rachaya, tout aussi rayonnante, conduit sa petite Honda Jazz. Son t-shirt bleu épouse ses mouvements sur un pantalon gris qui danse au rythme de ses pas. Un couvre-chef, jumeau de celui de sa tante, abrite son visage du soleil, accompagné d’un sac noir, fidèle compagnon, complète sa tenue.
Leurs éclats de lumière dans le restaurant de la gare routière nous ont fait nous rencontrer et parler du temple de วัดห้วยผาเกี๋ยง (Wat Huai Pha Khiang).
Une forêt silencieuse

Nous pénétrons dans la cathédrale de verdure, où les arbres, vitraux naturels, filtrent la lumière sans en atténuer l’ardeur. La chaleur coule une chape de plomb, et estompe les bruits de la vie. Nos pas, intrus dans ce sanctuaire, effarouchent quelques sauterelles, dont les bonds résonnent comme des notes dissonantes dans le silence assourdissant. Nous approchons d’une statue de Bouddha assis, posture qui symbolise sa victoire contre Mara, la représentation du mal.
L’encens brûle lentement, dans le premier bâtiment, mais personne ne prie, auprès de son empreinte de pied. Les murs semblent abriter une partie du sommet de la falaise. Je descends le petit escalier pour me retrouver à sa base. Un Bouddha sculpté, à même le rocher, couché, inhabituellement, sur le côté gauche, me contemple de ces yeux mi-clos. Très peu d’exemplaires existent de cette posture en Thaïlande. Je quitte la fraîcheur et je m’engage le sentier, puis je me dirige vers les marches.
Une falaise exceptionnelle
Elles se trouvent là, elles attendent depuis leur création. Chaque pas dévoile une surprise, chaque détour, chaque bloc de grès offre un bas-relief taillé, détaillé, ciselé.

Les sculptures se patinent avec le temps qui les rendent plus majestueuses. Elles chuchotent à ceux qui veulent bien entendre d’anciennes histoires de lien indéfectible d’interdépendance, qui soulève une question fascinante sur l’essence des choses et des êtres. Si tout est interconnecté, nous sommes unis à tout, donc rien ne peut réellement exister « en soi ».
Voir un univers dans un grain de sable
Et un paradis dans une fleur sauvage,
Tenir l’infini dans la paume de la main,
Et l’éternité dans une heure.William Blake
Augures d’innocence (1803)
Les arbres entrelacent leurs branches au-dessus de nos têtes, cette canopée naturelle filtre la lumière, et projette des ombres dansantes. L’esprit des moines habite ce lieu sacré et d’une énergie palpable.

Pà et Rachaya marchent devant moi, puis s’arrêtent près d’un bas-relief. J’arrive à leur hauteur. Cette trace rouge m’impressionne. Je m’approche, intrigué par ce motif complexe, qui raconte une histoire captivante, mon imagination s’enflamme.
Des pièces du puzzle

Nous continuons notre exploration, chaque sculpture, fragment d’un récit oublié, s’ajoute au casse-tête de l’histoire. Le mystère devient plus insaisissable encore.

La falaise nous guide, mais son énigme au lieu de se dissiper s’épaissit peu à peu. Le sentier escarpé se rétrécit, mais notre détermination ne faiblit pas. Nous savons que nous sommes sur le point de découvrir la vérité.



Pà se tourne vers moi, ses yeux brillants d’excitation. « Nous avons trouvé, lance-t-elle, le secret du Wat Huai Pha Khiang est enfin révélé ! »
Un puzzle incomplet

Hélas, chaque œuvre soulève de nouvelles interrogations, qui s’accumulent dans mon esprit : qui a créé ces sculptures ? Avec quels outils ont-ils travaillé la roche ? Pourquoi a-t-on choisi ce temple pour abriter ces œuvres d’art sacrées ? Et surtout, en hommage à qui ont-ils réalisé celles-ci ? Les réponses semblent se dérober, chaque indice faisant naître d’autres questions.
Le mystère du Wat Huai Pha Khiang demeure intact, ses secrets enfouis dans les sables du temps, et attend sa découverte. Peut-être que certaines énigmes doivent rester insolubles, nous rappelant l’immensité de nos ignorances et la beauté de l’inconnu.
Aurais-je dû demander le mode d’emploi ?
Notre amie Rachaya continue l’enquête, elle visite les lieux régulièrement avec l’espoir de lever un peu du voile… À suivre.


