Mékong pour nos 120 ans

Mékong de la rive Thaï et en face le Laos

Mékong pour nos 120 ans

Le Mékong, ruban d’argent, serpente à travers l’Asie, fascine toujours les voyageurs. Pour célébrer nos 120 ans, nous avons décidé de retourner voir ses eaux tumultueuses, et d’aller à la rencontre de ses habitants et de ses secrets.

Anecdote et réflexion

Ce périple, Fabienne l’a minutieusement préparé pour célébrer nos 120 ans en 2019. Nos amis nous avaient offert une croisière sur le mythique « fleuve des neuf dragons ». La vie nous a obligés à modifier nos projets. Pour le plaisir et la joie de partager, nous avons créé ce blog, un peu comme si nous envoyions à chacun un de nos nouvelles, des réflexions ou des anecdotes.

Mékong, ses eaux tumultueuses et ses rencontres improbables

Trois années plus tard, nous y voilà enfin, après quelques péripéties mémorables, après un passage en eaux troubles…

Certains lieux sont à expérimenter, pas seulement à voir, à visiter, mais à éprouver. Henri Cartier-Bresson l’a déclaré bien mieux que moi :

« […] Je n’aime pas voyager, j’aime être dans un pays, y vivre. L’élégance, c’est la lenteur. Prendre son temps […] ».

J’ai regardé des photographies, lu des reportages sur cette partie du fleuve. Déjà lors de ma première rencontre, plus au nord de la Thaïlande près du pont de l’Amitié, cela avait été un choc. Ma mémoire aura-t-elle transformé ses souvenirs en madeleine de Proust ? Allais-je retrouver cette même perception ?

Mékong, vue de la rive Thaïlandaise, en face le Laos
Le Laos sur l’autre rive

Toujours aussi majestueux et l’air faussement paisible, la joie est, une nouvelle fois présente devant cette voie d’eau, artère et frontière entre la Thaïlande et le Laos.

Des ronds dans l’eau

Enfant, assis sur un rocher plat, je m’amusais à lancer des cailloux dans l’eau. Les ronds parfaits s’étendaient et se dissipaient ensuite. J’aimais observer le jeu de lumière sur les mouvements créés par ce geste simple, et mon imagination métamorphosait chaque cercle en une histoire fantastique. Un jour, je jetais plus fort une pierre plus grosse que les autres. L’onde de choc s’élargit, s’élargit jusqu’à devenir une vague qui emporta mon petit bateau en feuille de canne de Provence.

Les ronds dans l’eau, comme les rêves et les aspirations, peuvent se propager et se transformer en de grandes choses même si le fleuve de la vie est parfois agité.

Mékong, face aux dangers et aux surprises du fleuve
Mékong, face aux dangers et aux surprises du fleuve

Un cri de joie et une bouteille d’eau brûlante

ou la rencontre avec un pêcheur chanceux.

Un peu plus loin, un homme s’active sur son embarcation artisanale. Son filet triangulaire, tendu entre deux bambous, plonge dans le courant nourricier du fleuve. Je l’observe répéter ce geste inlassable, fasciné par l’effort intense que chaque lancer exige.
Dialogue en Thaï, je lance :
— สวัสดี​ครับ1
— สวัสดี​ครับ2
— ได๊​ไหม​3 en montrant l’appareil photo.
— ครับ​ผม​4

Et il retourne à son labeur.
Soudain, un cri de joie retentit. Le pêcheur exhibe fièrement son premier poisson, un cadeau de la nature.

AGB 0080 05 12 2022

Il me remercie.
Je lui ai porté chance, m’annoncera-t-il par la suite en me tendant une petite bouteille d’eau.

Innocent, que je suis, j’ai oublié ce jeu commun à travers le monde.
Innocent, que je suis, je porte le goulot à mes lèvres par respect pour le cadeau.
Innocent, que je suis, j’ai dans la bouche 55 degrés d’alcool…
Une vidéo circulerait avec ce ฝรั่ง5 si drôle.

image

Voyager pourquoi

Je voyage pour toutes ces rencontres, ces émotions ou ces souvenirs, non planifiés. Je savoure l’essence d’un lieu ainsi sans influence, sans suivre un guide ou un gourou (humain, papier, ou virtuel). Oui, marcher, aller au contact, s’amadouer, accepter quelques refus, l’expérience devient une histoire unique et personnelle, une mosaïque vivante composée de visages inconnus, de ruelles étroites, et d’arômes envoûtants. Ces moments d’authenticité, loin des sentiers battus, dévoilent la quintessence de l’endroit et révèlent ses trésors. Je les accueille curieux et ouvert d’esprit pour l’apprécier à sa juste valeur.

Cette partie du Mékong s’appelle สาม​พัน​โบก​6. C’est le prochain article,
en attendant, j’espère que ce petit article vous a fait voyager. N’hésitez pas à partager vos propres souvenirs ou impressions en commentaires, et abonnez-vous pour ne pas manquer la suite de nos aventures !
Une galerie de photographie sur la pêche artisanale se trouve ici !

  1. Sawatdikrap-Bonjour ↩︎
  2. Sawatdikrap-Bonjour ↩︎
  3. Daillemaille-Je peux ↩︎
  4. Kapong-Oui ↩︎
  5. farang-étranger ↩︎
  6. Sam Phan Bok – trois mille trous ↩︎
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12 Commentaires
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Marc

Très beau témoignage avec une pointe d’humour ! Merci Alain pour ce voyage !

ELIANE

De la poésie du magnifique du humble toujours un plaisir a découvrir

jean

Je trouve les rivières et les fleuves toujours fascinants. De leur source à leur arrivée en mer, il y a toujours une belle histoire à raconter dont la tienne qui m’a beaucoup plu.

Danielle C

Bravo Alain pour ce dernier reportage. Tu as pu récupérer les autres parutions ?
Le Mékong me fait envie 

Ange Daniels

Merci à vous 2 de nous faire voyager à travers vos yeux et vos récit toujours passionnant et si bien écrit

Christophe

Bonjour Alain, J’ai bien aimé ton article des ronds dans l’eau. Au plaisir de te lire, un voyage littéraire plein de poésie. Merci, bon week-end.